Depuis la nuit des temps, le loup ou son mythe accompagne les hommes. Mal connu et mystérieux, il inspire crainte et respect, incarne le bien et le mal selon les pays, les époques et les croyances.
La peur du loup
Jamais l'homme n'aurait eu peur du loup s'il n'avait changé progressivement, au départ du néolithique, son mode de vie naturel. En tant que chasseur, l'homme prenait le loup en exemple, en s'inspirant de sa structure sociale et de ses techniques de chasse, comme en témoigne les peintures qu'arborent encore les murs de certaines cavernes. Mais lorsqu'il abandonne ses activités de nomade et commence à "s'approprier " des troupeaux et transformer les proies en bétail, l'homme va peu à peu s'éloigner du loup qui devient "nuisible" à son activité. Normal, le loup est un gardien du monde sauvage. Dès lors, il devient un rival à éliminer. Pour ce faire, les plus grandes légitimations et infamies sont déployées. D'où la mauvaise réputation progressive du loup... Puis, la peur! Alors, les caractéristiques biologiques de l'animal ont pris le relais pour accréditer l'idée du danger. Les plus grands hommes s'y sont fait prendre et leurs écrits, non contents d'en témoigner, ont répandu les plus fausses croyances.
Le Moyen Âge en Europe sera, sans conteste, marqué du sceau de l'Église catholique qui répondra toujours présente pour légitimer les violences inhérentes au mode de société qu'elle impose et qui fait sa gloire, sa puissance et sa richesse. Elle invoquera ainsi la Bible pour déclarer que l'homme se doit de dompter la nature. Dès lors, son premier ennemi, qui empêche l'exercice paisible du pastoralisme et la domestication des proies de l'homme, c'est le loup. Elle prendra pour symbole, l'agneau pascal, si doux, et diabolisera, de la même façon, l'animal qui le menace : le loup, incarné par la cruauté, un caractère sanguinaire, un esprit fourbe, malin,... Le loup, c'est l'animal le plus cruel, qui emmène l'animal le plus doux.
Mais ce sont les contes pour enfants tels que le Petit Chaperon Rouge, La chèvre de Monsieur Seguin, Les 3 petits cochons, ou encore Le loup et l'agneau de La Fontaine, qui sont également en partie responsables de sa (mauvaise) réputation, et le loup garde encore aujourd'hui une image terrifiante.
Croyances
Le Dieu du ciel chez les Esquimaux, leur offrit le caribou pour gibier. Puis, il leur envoya l'esprit du loup pour régulariser sa carence. Turcs et Mongols lui donnent un caractère céleste en vénérant le loup bleu. Chez les Iroquois, il fait figure de passeur d'âme.
Le loup est associé à l'image de fertilité en dévoilant la véritable nature de la femme chez les Grecs et les Romains. Les femmes stériles l'invoquent pour procréer, et il stimule la virilité.
Le loup représente la lumière en Chine et en Egypte; dans la mythologie germanique, il est aussi attelé au char solaire de Zeus.
En Italie, le mythe de la fondation de Rome, l'image de la louve nourricière allaitant Romulus et Remus, reste ancré dans l'identité nationale.
Du loup, on retient aussi la gueule. En France, être avalé par le loup n'est pas forcément une horreur: en ressortir, c'est avoir subi une initiation vers la lumière.
Rites et coutumes
"Avoir vu le loup" était signe de maturité chez l'homme, et de sexualité chez la femme, dont la virginité était alors mise en doute.
Vu par le loup, l'homme perdait son humanité (sa voix), et inversement, le loup sa bestialité (son haleine). Le masque de velours noir du carnaval correspondait à l'un de ces jeux de rencontre où il était essentiel de voir avant d'être vu.
En Europe on exorcisait le danger en jouant de la vielle, du violon ou de la cornemuse. Comme on croyait le loup et l'agneau ennemis, on utilisait la peau de l'agneau pour la cornemuse et ses boyaux pour les cordes du violon et de la vielle pour repousser le loup
Aujourd'hui
L'image évolue à la fin du XIXème siècle chez les Anglo-Saxons. Il devient, avec des personnages comme Croc-Blanc, l'animal noble et fier qui meurt sans se plaindre. En France, c'est dans les années 50, avec Marlaguette, de Marie Colmont, que le regard change. Marlaguette se fait attaquer par un loup qui se blesse en la ramenant dans sa tanière. Elle le soigne et ils s'attachent l'un à l'autre. Le loup promet de ne plus jamais manger de viande et dépérit. La fillette le délivre de sa promesse, comprenant que chacun obéit à des lois naturelles. Aujourd'hui, la littérature enfantine est plus dans cette dominante : celle d'une conscience écologique urbaine.
Aujourd'hui les avis sont plutôt partagés : d'un côté le loup est entouré d'une aura de terreur qui commence tout juste à s'estomper : on le dit dangereux parce que prédateur, d'un autre, il est perçu comme une preuve de santé de la nature et suscite désormais beaucoup de curiosité. Le loup a une image positive auprès de 80% des français !